L’histoire de la Cause McKenzie

La Cause McKenzie s’inscrit dans une histoire qui précède les tribunaux, les gouvernements et les lois établies après l’arrivée des Européens.

Philomène McKenzie, mère de clan, chasseuse, pêcheuse et trappeuse, et son fils George McKenzie, chasseur et trappeur, ont défendu ensemble leur territoire ancestral et les droits transmis par leurs ancêtres.

Au cœur de leur démarche se trouve la protection du « Titre aborigène de la bande traditionnelle de la rivière Mishtashipu (Moisie) » et des droits ancestraux qui s’y rattachent. Philomène et George McKenzie affirment que ces droits découlent de l’occupation ancestrale du territoire et n’ont jamais été cédés par leur famille ni par leurs ancêtres.

Le 30 décembre 1996 ne marque pas le début de leur combat. Il marque le moment où Philomène et George McKenzie portent cette défense devant les tribunaux afin d’obtenir la reconnaissance et la protection juridiques du titre et des droits ancestraux qu’ils affirment détenir depuis des temps immémoriaux.

La Cause McKenzie vise ainsi à protéger le territoire, les eaux et les ressources naturelles, de même que l’exercice des activités ancestrales qui y sont liées, notamment la chasse, la pêche et le piégeage.

Après le décès de sa mère, George McKenzie n’a jamais cessé de poursuivre le combat qu’il menait à ses côtés, avec la responsabilité de préserver ce que leurs ancêtres leur ont transmis et de le transmettre à son tour aux générations futures.

Pour la Cause McKenzie, les droits ancestraux ne disparaissent pas avec le passage des générations et ne s’éteignent pas pour permettre l’exploitation commerciale du territoire. Le territoire n’est pas un bien à épuiser au profit de ceux qui l’exploitent : il est un héritage vivant à protéger, à préserver et à transmettre aux générations futures.

Carte de l’Annexe 1 montrant l’aire de répartition du caribou de la rivière George au Québec et au Labrador, avec la frontière Nunavik–Labrador et la limite de la CBJNQ.

Les Innus et le territoire

Une présence qui précède les frontières et les divisions territoriales modernes

Bien avant les délimitations administratives, les réserves, les concessions et les projets d’exploitation des ressources, les Innus occupaient et parcouraient le territoire, où ils pratiquaient notamment la chasse, la pêche et le piégeage et transmettaient leurs coutumes, leurs pratiques et leurs traditions.

La région de Sept-Îles est notamment liée aux Innus de Uashat mak Mani-Utenam. Le territoire ancestral innu ne doit toutefois pas être confondu avec les seules limites des réserves créées ultérieurement.

Au fil de l’histoire, différentes frontières, désignations et formes d’administration du territoire se sont superposées. Les cartes historiques permettent aujourd’hui de retracer une partie de ces transformations et de comprendre le contexte territorial dans lequel s’inscrit la Cause McKenzie.

Rivière tumultueuse bordée de rochers et de conifères, au cœur d’une vallée montagneuse sous un ciel nuageux.

Le territoire innu est un territoire vécu et parcouru, lié notamment à la chasse, à la pêche, au piégeage et à la transmission des coutumes, pratiques et traditions.

Du territoire ancestral aux divisions territoriales

Au fil du temps, différentes délimitations et formes d’administration se sont superposées au territoire ancestral parcouru et occupé par les Innus, notamment les réserves, les territoires de chasse et de piégeage, les concessions et d’autres divisions territoriales.

L’exploitation des ressources naturelles, notamment les développements miniers et hydroélectriques, s’inscrit également dans cette transformation du territoire. Les documents et cartes historiques permettent d’en retracer certaines étapes.

Une représentation du territoire en 2005

La carte présentée ci-dessous provient d’un document datant de décembre 2005. Elle présente la revendication territoriale de la bande traditionnelle de la rivière Sainte-Marguerite et de la bande traditionnelle de la rivière Moisie basée selon les récits oraux de nos ainés et permet de situer l’étendue territoriale représentée dans ce document à cette époque.

Présentée dans son contexte de 2005, cette carte constitue un document historique permettant de mieux comprendre le contexte territorial dans lequel s’inscrit la Cause McKenzie.

Carte du Nitassinan Uashat et Mani-Utenam, incluant le secteur de Matimekush–Lac-John au Québec.

Carte — décembre 2005
Nitassinan Uashat / Mani-Utenam mak Matimekush / Lac-John

1996 — Une mobilisation internationale

Dès les débuts de la Cause McKenzie, la défense du territoire menée par Philomène et George McKenzie a suscité une mobilisation internationale réunissant des millions de signataires.

Des pétitions ont circulé dans plusieurs pays et plusieurs langues afin de soutenir leur démarche contre l’exploitation minière du territoire ancestral et les procédures judiciaires entreprises en décembre 1996, notamment leur demande d’injonction permanente.

Les pages reproduites ici ne représentent qu’un aperçu de cette mobilisation. Il s’agit des premières pages de pétitions diffusées notamment en français, en allemand et en espagnol, parmi un ensemble beaucoup plus vaste ayant recueilli des millions de signatures à travers le monde.

Ces documents témoignent de l’ampleur internationale du soutien apporté, dès 1996, à la défense du territoire ancestral portée par la Cause McKenzie.

Pétition française manuscrite contre l’exploitation minière en territoire innu, avec tableau de noms, adresses et signatures.
Pétition en espagnol contre l’exploitation minière sur le territoire innu, avec noms, adresses et signatures manuscrites.
Pétition en allemand contre l’exploitation des ressources du territoire des Innu, avec liste manuscrite de signataires et leurs adresses.

Démontrer la continuité historique du peuple innu

Le travail de José Mailhot répond à une question fondamentale : les Innus d’aujourd’hui sont-ils dans la continuité des populations autochtones qui occupaient déjà ce territoire avant l’arrivée des Européens?

Dans son mémoire de janvier 2003, l’ethnolinguiste s’attaque directement à la thèse de Nelson-Martin Dawson, selon laquelle les populations originelles auraient été remplacées et une « nouvelle langue » serait apparue à la suite de ce changement de population.

José Mailhot confronte cette thèse aux faits historiques et linguistiques. Les premiers Européens n’ont pas créé cette langue : ils ont commencé à la documenter alors qu’elle existait déjà. Les sources anciennes permettent ensuite d’en suivre l’évolution et d’établir une filiation directe entre la langue innue documentée au début de la période historique et celle parlée aujourd’hui.

Son analyse vient ainsi contredire l’idée qu’une population nouvelle aurait remplacé les Innus historiques. Elle documente au contraire une continuité linguistique et culturelle remontant aux populations déjà présentes sur le territoire avant l’arrivée des Européens.

Le XVIIe siècle ne marque donc pas le commencement du peuple innu ni de sa langue : il marque le début des sources écrites européennes qui permettent d’en documenter directement la continuité jusqu’à aujourd’hui.

Cette démonstration est particulièrement importante dans le contexte des droits ancestraux : elle répond à une thèse susceptible d’être invoquée pour contester la continuité historique entre les Innus contemporains et les populations qui occupaient le territoire avant l’arrivée des Européens.

En mémoire de José Mailhot

Page de couverture d’un mémoire de José Mailhot, daté de janvier 2003, sur l’entente de principe concernant les Premières Nations de Mamuitun et de Nutashkuan.
Page numérisée d’un texte français consacré à la langue, à la culture et à l’histoire des Innus du Québec et du Labrador.
Page numérisée en français intitulée « L’évolution de la langue innue », présentant l’histoire et les changements de la langue innue.
Page 3 d’un texte linguistique français sur l’évolution phonologique de l’innu, notamment les changements des sons k et r.
Page 4 d’un ouvrage en français sur l’évolution historique de la langue innue, notamment les changements de prononciation et de grammaire entre le XVIIIe et le XIXe siècle.
Page de texte en français intitulée « Les facteurs de changement linguistique », présentant les changements internes et externes des langues et des exemples de prononciation.
Page 6 d’un document universitaire en français sur les contacts linguistiques et l’évolution phonologique de la langue innue au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Page 7 d’un document en français, intitulée « Immigration et métissage », consacrée à l’histoire des Innus, à l’immigration et à l’assimilation linguistique.
Page 8 intitulée « Ouvrages cités », présentant une bibliographie d’ouvrages sur les langues montagnaise, crie et algonquienne.
Référence bibliographique à Silvy Antoine, 1974, « Dictionnaire montagnais-français (ca 1678-1684) », page 9.